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Association Entourage : des réseaux de soutien pour les personnes SDF

Parce que lien social est aussi essentiel que les besoins matériels...

07/04/2021, 17:24 | édité le 07/04/2021, 17:24

Association Entourage

Entourage est une association qui a pour objectif d’apporter un réseau de soutien local aux personnes sans domicile fixe. L’association mobilise et sensibilise les citoyens à créer et/ou recréer le lien social avec ces personnes dans le besoin.

Nous avons rencontré Céline Blas, responsable de l’antenne d’Entourage à Lille ; et Françoise, ambassadrice (bénévole) de l’association depuis presque un an. Céline nous en dit plus sur les actions menées, et sur les gestes simples que chacun peut faire pour créer le lien social autour de soi. Et Françoise nous livre son témoignage.

Pour commencer, Entourage, qu’est-ce que c’est ?

Céline Blas : Le réseau Entourage est une association qui est née il y a quelques années autour de convictions fortes. Premièrement, que le lien social est aussi essentiel que les besoins matériels pour les personnes sans domicile fixe. Et deuxièmement, que l’isolement et la solitude sont deux choses dévastatrices, qui accélèrent de désociabilisation ; et par conséquent, que quand on est à la rue, pour s’en sortir, il faut être entouré. Notre ambition est donc de mobiliser les citoyens pour donner aux personnes sans domicile fixe les réseaux de soutien dont ils ont besoin pour retrouver leur place dans la société. Entourage est une association nationale, avec des antennes en région : à Lyon, Rennes, Lille, Paris et dans les Hauts-de-Seine.

L’association Entourage a été co-construite avec un comité de la rue. Ce comité est composé de personnes actuellement ou anciennement sans domicile fixe ; ce qui nous a vraiment permis de construire un projet qui soit vraiment en cohérence avec les réalités du terrain, de la rue. C’est quelque chose auquel on tient.

Quelles sont vos actions ?

Céline : Alors, notre mission est de générer du lien social entre les riverains, qu’ils soient avec ou sans domicile, et de favoriser la rencontre et la création de liens durables entre les habitants. Pour cela, nous menons trois grandes actions :

  • Nous sensibilisons le grand public au monde de la rue à travers des ateliers de sensibilisation. En essayant de lever les préjugés qui pourraient exister. Des ateliers qui sont tous actuellement en ligne, et auxquels n’importe qui peut participer.
  • Ensuite, on permet aux riverains de se rencontrer et d’agir eux-mêmes grâce à un réseau social solidaire Entourage. Cela se présente sous forme d’une application gratuite, disponible sur Apple Store ou Google Play Store. Il y a déjà un peu plus de 125 000 riverains et riveraines en France qui l’ont téléchargé. Sur cette application, chacun peut ainsi créer des actions solidaires autour de chez lui ; et aider de la même manière des personnes sans domicile fixe pour la recherche d’un vêtement, d’un duvet, pour partager un café, pour faire une lessive, etc. Des petites actions qui peuvent relever de l’engagement des citoyens.
  • Enfin, nous remobilisons les personnes avec et sans domicile fixe ; et plus largement, les personnes en grande précarité et isolées ; grâce à des événements de convivialité (lorsque le contexte le permet). Par exemple, des événements entre voisins (avec et sans toit), pour permettre de lever les freins à la rencontre.

En pleine période de pandémie et de confinements successifs, nous savons que les personnes sans abris se sont retrouvées délaissées. Comment avez-vous pu agir en cette période si particulière ?

Céline : Pendant le premier confinement, nous avons mis en place le dispositif « Les Bonnes Ondes ». Que nous continuons à réaliser aujourd’hui. C’est un dispositif qui permet à des riverains d’entourer par téléphone une personne en précarité, isolée, qui apprécierait de recevoir un peu de soleil dans leurs journées. Une manière d’éviter l’isolement dont ces personnes sont doublement victimes ; à la fois par cette situation de précarité, mais aussi par le couvre-feu et/ou par le confinement. C’est un dispositif que chacun peut rejoindre. Nous formons les personnes qui souhaitent appeler, et nous faisons en sorte que ce soit des appels de différents voisins pour entourer une personne. Les Bonnes Ondes, c’est quelque chose qu’on a pu mettre en place pendant le confinement, et qui s’est avéré être un formidable moyen de créer du lien social avec les personnes sans domicile fixe.

Nous avons également continué et même amplifié ce que nous appelons les rencontres nomades. Ce sont des maraudes sociales que nous organisons dans la ville, pour accompagner les habitants et leur donner les clefs pour aller à la rencontre de leurs voisins sans domicile fixe. C’est une action complémentaire des ateliers de sensibilisation que nous menons en ligne, pour lever les préjugés et répondre aux questions du grand public sur le monde de la rue.

Puis, n’importe qui peut se mobiliser en étant en veille sur les actions qui peuvent être postées sur le réseau Entourage (l’application), soit par des riverains qui souhaitent aider des personnes sans abri et qui font une demande spécifique pour eux, soit par des personnes sans domicile fixe elles-mêmes, inscrites sur le réseau.

En parlant notamment du réseau et de l’application. Comment faites-vous pour que les personnes sans abris aient accès à cette aide ?

Céline : Tout d’abord, il faut savoir qu’environ 20% des utilisateurs du réseau Entourage sont des personnes sans domicile fixe qui ont accès à un smartphone et qui peuvent donc réaliser une demande auprès des riverains.

Un riverain peut également relayer une demande d’une personne qu’il aurait rencontrée, en recueillant son accord, évidemment, et en mettant sur l’application des informations qui ne permettraient pas de géolocaliser précisément la personne, pour des questions de sécurité. Et nous, nous faisons un travail de terrain, avec notamment des permanences dans des accueils de jour, dans des structures de redistribution alimentaire, dans des centres d’hébergement d’urgence, etc.

Les associations peuvent également créer un compte associatif, soit pour engager des bénévoles, soit pour faire connaître des actions solidaires, soit également pour mener des collectes. Il est donc possible pour n’importe quel riverain d’utiliser l’application comme un moyen de mieux connaître les associations autour de lui, et de s’engager à son échelle pour les personnes de grande précarité dans sa ville.

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Vous parliez de sensibilisation. Souvent, on ne sait pas comment s’y prendre pour créer le contact avec une personne dans la rue. Quels sont vos conseils ?

Céline : Ce n’est finalement pas si compliqué de parler à une personne dans la rue. Tout d’abord, ce que nous conseillons, c’est de se mettre à la hauteur de la personne, pour que la relation soit d’égal à égal et que ce ne soit pas intimidant pour la personne qui est apostrophée. Au début, il est mieux de vouvoyer, en signe de respect. Et peut-être qu’après, plus naturellement, le tutoiement arrivera. Alors, comment engager la conversation ? C’est toujours pratique d’apostropher la personne en lui demandant un service, une indication. Parce qu’une personne sans domicile fixe connaît généralement très bien le quartier. Donc bien souvent, pour briser la glace, vous pouvez poser une petite question sur le quartier, une indication sur un lieu que vous cherchez… Et ensuite, très naturellement, vous pouvez demander à la personne si elle a besoin de quelque chose. Avant d’imposer votre aide, proposez-lui un café, ou de venir avec une petite boisson chaude, ou tout simplement de discuter du quotidien, de la vie de quartier, de la météo, etc. De choses qui finalement, peuvent vous rassembler. Et même si vous n’avez pas d’argent, rien de matériel à offrir, vous pouvez tout de même saluer, vous arrêter pour discuter, créer un lien social avec la personne. Vous avez tout de même quelque chose à offrir, au final…

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Êtes-vous à la recherche de bénévoles ?

Céline : Oui, bien sûr ! Pour commencer, n’importe quel riverain peut s’engager sur l’application et faire en du bénévolat ponctuel ; sur des actions solidaires qui ont été postées.

Nous engageons également des bénévoles sur du plus long terme. Au moins une année, car le lien social, c’est quand même quelque chose qui demande de la confiance, et du temps. Nous formons donc un réseau de bénévoles ambassadeurs pour sensibiliser sur l’importance du lien social pour les personnes sans domicile fixe. Sur le dispositif des Bonnes Ondes, nous sommes toujours à la recherche de nouvelles personnes qui sont prêtes à appeler une personne isolée et en précarité, par téléphone ; et tout particulièrement pendant cette période de la crise sanitaire !

Si vous êtes intéressé, le plus simple est de se rapprocher de son antenne locale et de nous demander plus d’informations.

Témoignage de Françoise, ambassadrice bénévole pour l’association Entourage

« Je suis ambassadrice bénévole pour l’association Entourage depuis l’été 2020. J’ai connu Entourage par le biais du Comptoir de Cana, un café solidaire à Lille qui accueillait les petits-déjeuners solidaires de l’association. J’avais envie de faire du bénévolat et le président du café m’a parlé de ces petits-déjeuners d’Entourage. Ce sont des petits-déjeuners ouverts à tous, et notamment aux personnes sans domicile fixe. Nous, en tant que bénévoles, nous apportons tous quelque chose à manger, et nous discutons tous autour de ce repas. C’était un vrai moment de partage entre riverains. Qu’est-ce qu’on rigolait lors de ces moments ! Malheureusement, ces petits-déjeuners solidaires ont dû s’arrêter à cause de la crise sanitaire. Donc je me suis lancée dans les Bonnes Ondes.

Les Bonnes Ondes

Les Bonnes Ondes, ça consiste à appeler les personnes qui en ont fait la demande sur l’application, qu’on appelle les Entourés. Entourage créé un groupe d’Entoureurs, qui s’occupera d’appeler ces personnes. On créé également un groupe Whatsapp, pour que nous puissions échanger tous ensemble, l’Entouré et Entoureurs. Les personnes que nous appelons sont dans des situations très compliquées, on ne va pas se le cacher, mais nous ne parlons pas vraiment de cela ; sauf bien sûr s’ils ont une demande particulière ou s’ils veulent eux-mêmes en parler. Nous discutons de ce que nous aimons faire pendant nos temps de loisirs ; de nos chanteurs et artistes préférés, de nos points communs ; de lecture et de livres qui pourraient plaire à l’un ou à l’autre, de ce que nous aimons manger, etc. Nous parlons de tout ! Et si l’Entouré a besoin de réponses sur des besoins spécifiques, nous le redirigeons vers les travailleurs sociaux d’Entourage, qui prendront le relais pour nous. L’objectif : que la personne qui ait demandé à être appelée se sente moins seule et se sente soutenue !

C’est ma première expérience de bénévolat, et cela m’apporte énormément ! Ça m’apporte du bonheur, de belles rencontres, du soleil… Je trouve ça formidable ! Nous arrivons à casser cette barrière entre nous et les personnes dans le besoin. Je me répète, mais je trouve ça formidable, vraiment ! Le moment qui m’a le plus marquée, c’est la rencontre avec un de mes Entourés. Nous avions commencé à l’entourer en décembre, et lors d’un goûter en petit comité organisé par l’association, je l’ai invité. On s’est rencontré et ça a été vraiment un moment extraordinaire, riche en émotion. Nous avions déjà créé un véritable lien, mais il était virtuel. Et puis nous nous rencontrions enfin ! C’était un très grand moment.

>> Retrouvez Entourage sur l’application The-ring.io

Propos recueillis par Marine Souxdorf

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