Hubert de la Vie est Belt à Roubaix: «être acteur d’un monde meilleur»

Quand votre vélo crève, que faites-vous du pneu usé ? Chez la Vie est Belt, ils les transforment en ceinture 😃

10/06/2020, 19:00 | édité le 10/06/2020, 19:21

hubert motte de la Vie est Belt Lille

Hubert Motte est le fondateur de La Vie est Belt. L’idée : créer des ceintures à partir de pneus de vélos usés (mais pas que !). L’objectif : créer des produits de la vie de tous les jours qui ont du style, mais à partir de matières déjà existantes.

Quel est le concept de la Vie est Belt ?

L’idée, c’était de partir d’un déchet et d’en faire un produit de la vie de tous les jours, qui soit utile et qui ait du style. Donc je suis parti d’un pneu de vélo usé et j’en ai fait des ceintures. Et ces ceintures, maintenant, elles sont confectionnées par des personnes en situation de handicap, ici, en région lilloise.

L’envie, c’était de pouvoir allier impact positif pour la planète et pour l’emploi autour de la confection de produits. Donc ça donne des ceintures avec des pneus de vélos usés, par exemple, pour notre premier produit.

Et pourquoi avoir choisi le pneu comme matière première ?

En fait, je me suis vite rendu compte que le pneu est un déchet qui est compliqué d’éviter. Pour l’instant, il n’y a pas trop d’autres alternatives que de rouler avec des pneus, en vélo par exemple. Et le caoutchouc, c’est une matière compliquée à revaloriser. Parce qu’à la différence d’un plastique ou d’un aluminium qu’on peut refondre, on ne peut pas refondre du caoutchouc. Donc il y a des tonnes et des tonnes de caoutchouc qui sont brulées chaque année. Plus de 10 millions de pneus de vélos sont incinérés par an. Alors autant en faire quelque chose et essayer de trouver des idées avec ça !

Où sont fabriqués vos produits ?

Au démarrage, j’ai lancé le projet à la fin de mes études d’ingénieur, ici, à Lille. Donc je faisais moi-même mes ceintures, dans ma colocation étudiante … C’était le démarrage !

Désormais ils sont trois à temps plein, dans un atelier partenaire à Tourcoing, qui s’appelle AlterEos. Un atelier qui emploie donc des personnes en situation de handicap. Et ce sont eux qui confectionnent de A à Z toutes les ceintures.

Et pourquoi ce nom : La Vie est Belt ?

L’envie, c’était de partir d’une ceinture, une “belt” en anglais. Et de justement faire des ceintures qui puissent rendre la vie un peu plus belle, par l’impact de la confection, en recyclant, en aidant les gens ici de la région, en créant de l’emploi … Et donc voilà le petit jeu de mots, “La vie est Belt“, rend la vie plus belle avec des ceintures.

Si j’ai un vélo et que mon pneu crève, puis-je créer ma ceinture avec mon propre pneu ?

Déjà, on collecte les pneus de vélos usés en région Hauts-de-France, et on essaie d’étendre en région parisienne, par exemple. Donc sur notre site internet, il y a la liste de nos points de collecte avec une carte pour que les gens puissent déposer leurs pneus. Et là, on vient de sortir une nouvelle offre où vous pouvez carrément envoyer votre pneu, et nous, on vous fait votre ceinture sur mesure, avec votre propre pneu, pour avoir encore plus la classe ! Pour pouvoir dire à vos amis que vous avez roulé avec ce pneu et que vous avez vécu beaucoup d’aventures et qu’aujourd’hui, c’est votre ceinture !

La Vie est Belt Lille

En plus des collectes, où trouvez-vous les pneus pour créer ?

On ne collecte pas uniquement les pneus des gens qui connaissent le concept. Moi, j’ai démarré avec des ateliers de vélo en centre-ville de Lille. Donc je faisais le tour à vélo et puis je chargeais les pneus usés. Ensuite, en grandissant, on s’est approché des déchèteries. Et maintenant, on travaille directement avec des collecteurs de déchets, qui font déjà les tours des déchèteries. On travaille avec l’enseigne Décathlon également, et on met des totems de récupération de pneus aux entrées des magasins. Puis, avec des clubs aussi, comme le vélodrome de Roubaix. Et depuis plus d’un an déjà, avec des équipes professionnelles de cyclistes : on collecte leurs pneus a la fin des courses, et on fait des ceintures édition limité Tour de France, Paris-Roubaix …

Et vous ne travaillez pas seulement avec les pneus de vélo ?

Non, exactement. Une des raisons pour lesquelles j’ai voulu lancer La Vie est Belt, c’est parce que j’aime bien la création de produits et j’avais envie envie de continuer à élargir notre gamme, à recycler d’autres matières. Donc on a créé d’autres ceintures, avec des lances d’incendie de pompiers et avec des pneus de voiture. Cette fois-ci, on a trouvé le bon procédé pour redécouper les pneus en plaques.

Et puis depuis six mois, on revalorise du textile. Et ça a aussi son histoire aussi dans le Nord de la France, le textile. On fait des caleçons avec du linge de maison : des draps et des housses de couette en coton qu’on collecte avec l’entreprise solidaire, le Relais. Ce linge est ensuite lavé et transformé en caleçon à Roubaix, dans un ancien lieu textile qui se relance dans la confection textile.

Quels sont donc vos valeurs, votre engagement ?

L’envie, c’est d’être authentique, transparent avec les gens : expliquer pourquoi j’ai voulu lancer ce projet et bien parler de notre engagement.

Quel est notre engagement ? C’est juste mettre plus du bon sens dans notre société. On a des milliers et des millions de tonnes de déchets qui s’entassent chaque année… C’est plutôt de s’intéresser à ces matières là plutôt que de continuer à en apporter de nouvelles.

Il y a énormément de personnes qui sont en quête d’emploi ou qui ont des parcours de vie plus ou moins difficiles. Et l’idée, c’est aussi de s’intéresser à ça et d’ensemble, leur permettre d’avoir un nouveau boulot, un boulot qui a du sens : recycler les autres matières.

Oui, il y a des galères dans nos sociétés, mais il y a aussi des solutions ! On essaie de prouver qu’on peut faire autrement et que chacun, à son échelle, peut être acteur d’un monde meilleur.

On essaie de faire notre mieux au niveau écologique et solidaire !

Et tous vos produits sont zéro déchet ?

Oui, tous nos produits partent d’une matière première déjà existante.

Et on souhaite être cohérent sur le zéro déchet du début à la fin. Donc on ne met pas de plastique, pas d’emballage. On propose un pochon qui est recyclé, les étiquettes sont faites dans la région, pour les boucles, on prend au plus proches, etc.

La Vie est Belt Lille

Où vendez-vous vos produits ?

On vend sur notre site internet et on vend également dans des boutiques partenaires. Nous travaillons avec plus d’une vingtaine de boutiques partenaires en France et en Belgique.

Ça nous plaisait aussi d’être dans des lieux physiques et de pouvoir proposer aux gens d’aller voir nos produits dans des boutiques où il y a aussi d’autres marques et d’autres acteurs qui se bougent pour la confection locale, pour une confection raisonnée.

A la fois, le site internet, pour être réactifs en commandes, garder une marque qui nous permet de grandir, et pouvoir livrer un peu partout, mais développer aussi les boutiques partenaires pour être présents physiquement.

Comment gérez-vous votre présence en ligne (web, réseaux sociaux) ?

Alors, on est présent sur les réseaux sociaux. Nous essayons d’être actifs dessus, d’être transparents, d’expliquer ce qu’on fait, de montrer la confection. Bref, d’expliquer pourquoi on fait les choses et comment on les fait. Je trouve que ça permet aux gens de s’imprégner de l’aventure et de s’y impliquer.

Il y a Camille, qui bosse avec moi sur la communication et Romane, qui bosse sur la vente en ligne et le site internet. Et donc, on se répartit comme ça.

Quels sont les futurs projets pour la vie est Belt ?

Continuer à prendre du plaisir au quotidien et à avancer. Et créer d’autre produits bien sûr.

En priorité, on aimerait recruter pour être plus nombreux et réussir à faire plus de choses, faire tout ce qu’on souhaiterait faire. Donc d’abord, de l’embauche, et ensuite, le développement d’autres produits.

Interview la Vie est Belt Lille

Marine Souxdorf