Julien Poix, de Décidez Pour Lille : « Il faut construire les réponses avec les commerçants. »

Nous, on pense, avec la liste Décidez pour Lille, que le temps des élus qui décident de tout est terminé. Donc il va falloir écouter !

13/03/2020, 20:35 | édité le 01/04/2020 , 17:16


Suite à nos nombreuses interviews de commerçants, nous nous sommes rendus comptes que ceux-ci avaient différentes attentes et différents questionnements pour le prochain Maire de la ville comme sur leur accompagnement, le plan de circulation, l’animation de la ville, …

En attendant les élections qui arrivent à grands pas, nous avons donc synthétisé les demandes des commerçants et nous partirons à la rencontre de :

Voici notre interview de Julien Poix, tête de liste de Décidez pour Lille (La France Insoumise), aux élections municipales lilloises.

Drapeau de la MEL

Vous êtes souvent sur le terrain et vous avez dû croiser bon nombre de commerçants. Quel est votre ressenti (économique / social / sécurité) ?

Nous avons fait un document spécifique, une lettre que je suis allé porter à beaucoup de commerçants Lillois dans de nombreux quartiers. Parce qu’effectivement, ces problématiques de propreté, de tranquillité … reviennent souvent.

Alors moi, j’ai vu aussi la question du commerce sous l’angle de l’emploi. De l’emploi non délocalisable. Pour moi, des emplois locaux, comme les emplois de commerçants Lillois, ce sont des emplois durables. Et je cherche dans mon programme, avec Décidez pour Lille, à créer de l’emploi durable et de l’emploi qui ne soit pas délocalisable.

Sur la question de la propreté et de la tranquillité publique, il faut construire les réponses avec les commerçants Lillois.

Par exemple pour la question des déchets : il y a eu des avancées dans certains quartiers, mais pas dans tous les quartiers. Il y a aussi une fracture entre les commerces du centre-ville, où beaucoup de touristes sont présents, et où on agit beaucoup sur la propreté. Mais pas dans les autres quartiers. C’est pour cela que par exemple, dans mon programme, je propose de rétablir un ramassage encombrants régulier à destination aussi des commerçants, dans tous les quartiers pour tous les déchets encombrants.

Sur la tranquillité publique, il y a des réponses ciblées à apporter. On a discuté avec des commerçants Lillois , notamment dans le Vieux Lille qui nous disaient que la plupart des agressions et de l’insécurité en général, c’était surtout le soir, au moment de la fermeture. Pourtant, les policiers en centre-ville patrouillent dans la journée. Donc les commerçants aimeraient aussi que les patrouilles soient renforcées au moment de la fermeture.

Notre plus grand axe de travail pour les commerçants, c’est de créer un office municipal du commerce. C’est ce qui se fait à Dunkerque. Cet office sera un outil à disposition des commerçants sur le numérique, sur l’animation des quartiers … C’est un guichet administratif unique administratif pour faciliter les procédures et accélérer l’obtention des réponses. Cet office municipal du commerce sera géré par les habitants, les commerçants, en lien avec les élus. Les commerçants y siégeront. C’est un moyen de dynamiser mais aussi de relocaliser le commerce.

© Stéphane BURLOT

Que pensez-vous des attentes des commerçants vis à vis des élus ?

Moi je dis que les commerçants n’ont pas à attendre forcément des miracles des élus. C’est pour ça que je propose cet office municipal du commerce. Dans cet office, les commerçants et les représentants de commerçants seront membres de droit. Ils seront ceux qui vont faire, ceux qui vont proposer. Donc c’est à eux aussi d’amener leur expertise. Et l’élu, son rôle sera d’écouter et de faciliter la mise en place des choses proposées.

Nous, on pense, avec la liste Décidez pour Lille, que le temps des élus qui décident de tout est terminé. Donc il va falloir écouter !

Après, bien sûr, on a des marqueurs forts et des idées. Par exemple, pour la question de la sécurité, on ne pense pas que la vidéosurveillance soit utile. Elle ne permet de résoudre que 1,5% des délits. Ce qui est très peu par rapport au prix que ça coûte. Nous, on préfère rajouter de l’humain et réajuster le système de patrouille. Mettre en place un système de policier référent par rue et par quartier pour une présence régulière. Avoir un visage, un humain qui vient les voir.

Et il y a des attentes au niveau du stationnement. Je l’ai lu dans une de vos interviews. Et ça aussi, ça se construit forcément avec les commerçants. C’est-à-dire qu’on ne peut pas faire comme aujourd’hui dans la municipalité actuelle : arriver, poser des piquets partout sur les trottoirs, et dire aux gens de se débrouiller. Alors oui, dans certaines rues, là où les commerçants sont plus chanceux et arrivent à se faire entendre de la mairie, il existe des places réservées, ou alors des dispositifs aménagés comme des plots qui se baissent pour les livraisons. Mais ça c’est le Vieux Lille ! On a l’impression qu’on écoute beaucoup les commerçants du Vieux Lille, mais les autres alors ? Par exemple ici, sur la Place Pierre Degeyter, à Lille-Fives,certains commerçants sont obligés de se mettre en double file sur le tournant à cause des poteaux sur les trottoirs pour livrer. En fait, il y a des outils qui existent, comme ces plots rétractables dans le centre-ville, sauf qu’ils ne sont pas généralisés à toute la ville…

On entend beaucoup parler dans la presse ou sur le terrain du nouveau plan de circulation. Quel est votre avis sur ce sujet ?

Écoutez, quand on parle circulation des marchandises en ville, il faut réfléchir à comment ça va se passer dans le futur. Il y a un problème évident de structure à Lille : la ville n’est pas conçue pour la voiture, car c’est une ville assez petite en superficie, avec des rues assez étroites,et très peu de grands boulevards comme à Paris. Et donc il faut penser à un système pour que la fluidité des livraisons aux commerçants soit possible.

Que pensons-nous faire ? D’abord, on veut développer la logistique urbaine. Par exemple, on veut créer un pôle de logistique urbaine au niveau de Mont de Terre, à Lille Fives. On va désengorger la ville en faisant en sorte que les camions ne rentrent plus dans la ville. Ils déchargeront là les différents paquets de livraison à destination des commerçants. Et de là partiront voitures électriques et vélos cargos pour aller livrer … Nous, plutôt d’encore rechanger le plan de circulation, on va limiter l’entrée des camions en ville pour les livraisons.

Après il y a une autre question : celle des interventions de professionnels et d’artisans qui doivent obligatoirement venir se garer, pour faire une réparation de chauffages par exemple. Ça, c’est un gros problème. Je dis qu’il faut un traitement spécifique pour les professionnels de l’artisanat et de la santé et il faut mettre dans les rues des places réservées à ces personnes en intervention. Qu’il y ait dans chaque rue une place réservée pour eux.

© Stéphane BURLOT

Que pensez-vous du e-commerce ?

Effectivement c’est un problème que les commerçants doivent prendre en compte maintenant dans leur activité. J’avais rencontré le président de la fédération du commerce lillois, M. Catoire, l’année dernière, pour en parler longuement. Car c’est un sujet qu’il prend à bras le corps.

Il faut donc, dans cet office municipal du commerce dont on a parlé, former encore plus les commerçants au e-commerce. Il faut permettre aux commerçants d’avoir accès aux outils pour se confronter à ces enjeux-là.

Et nous, on est pour réguler le commerce national et international là-dessus, et limiter l’invasion de ces plateformes de e-commerce. Vous savez, celles qui font que parfois, vous avez l’impression d’être sur le site de la FNAC par exemple, et qu’en fait, vous êtes sur un site qui est à Hong Kong. C’est un vrai problème ! Après, au niveau national, on agit pour réguler les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple).  

Alors, il faut aussi augmenter l’information des clients et leur montrer que ce qu’ils n’ont pas sur le e-commerce c’est l’après-vente, le suivi, la qualité de l’information, de l’explication… Donc on pourrait aussi créer un label municipal qui peut être décerné, un label de proximité, qui serait un atout contre le e-commerce.

Vous arrive-t-il comme un français sur deux d’acheter sur Amazon ?

Non, et je dis ça en toute franchise. Je n’achète jamais sur ces sites. Sur internet, ça peut m’arriver d’acheter des places de théâtre, ou de matchs de foot ou de basket … Mais pour des produits, non, je n’achète jamais sur internet. Alors, après, est-ce que c’est générationnel ? Moi, j’ai 34 ans. Je suis de la génération où internet arrivait à peine. Mais c’est vrai que la génération de mes petites sœurs achète plus sur les plateformes. Moi non, je n’ai pas cette culture-là. Quand je veux acheter des livres par exemple, j’ai besoin d’aller en librairie, de toucher le livre, d’avoir un rapport avec l’objet. Ça, beaucoup de gens l’ont encore, ce besoin d’avoir un rapport avec l’objet, avec le vendeur, avec le lieu … Un local commercial agréable, une vitrine lumineuse, le sourire d’un vendeur, ce sont des choses qu’on n’a pas du tout sur notre écran d’ordinateur. Donc moi personnellement, je ne passe pas par ces plateformes.

Pour le domaine de la restauration, que pensez-vous de la livraison à domicile (des services comme Uber Eats ou Deliveroo) ?

Pour nous, l’uberisation en général est un vrai problème ! C’est un problème de précarisation aussi : les jeunes qui y travaillent sont souvent des personnes précaires : des étudiants, parfois même des personnes sans papiers, qui sont instrumentalisés par ce système de plateforme. Et parfois, les commerçants ne se rendent pas compte qu’ils passent par ce système, ou d’autres qui ne passaient pas par ces plateformes finissent par céder…

Nous, on encourage déjà les salariés d’Uber Eats à se constituer en coopérative. Ça veut dire quoi ? Que la mairie pourrait leur mettre à disposition des locaux, une aide juridique … En fait, les livreurs ont besoin de s’organiser, de discuter, de se rendre compte qu’ils ont les mêmes problèmes et puis de se regrouper.

Donc nous, on veut vraiment limiter ces plateformes-là. Le commerce ne doit pas entrainer la précarité, ça c’est important !

Pensez-vous que cela soit utile pour les commerçants de proximité de livrer ?

La livraison est maintenant devenue un mode de consommation, donc oui. Il faut pouvoir être dans le coup. Mais moi, ce qui m’intéresse, c’est le mode de livraison, pour qu’il soit responsable socialement et non précarisant.

© Stéphane BURLOT

Avez-vous des conseils à donner aux commerçants pour booster leurs affaires ?

Moi je ne veux pas être un élu qui donne des leçons. Je veux être un élu qui écoute. Donc c’est plutôt eux qui vont m’apprendre des choses. Moi, ce que je vais leur dire, c’est que je ne serai pas le maire qui va signer des permis de construire pour la grande distribution à Lille, comme Lillenium.

Je n’ai pas de de leçon à donner aux commerçants. Et donc, ce que je peux faire en tant qu’élu, il faut qu’ils me le disent.

L’animation des commerces de proximités est primordiale pour booster le passage. Qu’avez-vous prévu sur ce sujet si vous êtes élu ?

Par des actions dès le plus jeune âge avec des découvertes de commerçants, pour les fidéliser les publics plus jeunes justement. En faisant découvrir par exemple les métiers : comment travaille un boucher, comment travaille un poissonnier …

On aimerait aussi développer des médias de quartier, où on créerait des studios d’enregistrement radio par exemple. Pour que les habitant aillent à la rencontre des acteurs du quartier. Donc mettre en avant les initiatives à travers des petites télévisions de quartier qui seraient centralisées sur un portail de communication municipal. Ça sera aussi une vitrine culturelle, une vitrine commerciale.

Comment allez-vous aider les touristes à découvrir les commerces de Lille si vous êtes élu ?

Il y a un office du tourisme à Lille, qui fonctionne, mais il faut améliorer encore des choses, notamment au niveau des circuits à Lille. Lille a un potentiel touristique énorme, mais il n’y a pas de signalétique. A part dans le centre-ville … Donc il faut là vraiment développer une signalétique dans les quartiers. Par exemple, c’est ici, à Fives, que la ville de Lille est devenue française. Il y avait une ferme juste à côté, où Louis XIV a reçu le gouverneur espagnol pour signer la reddition de la ville de Lille. Aucune plaque ne l’indique. Enfin si, une plaque en latin, à 10 mètres de haut, au coin de la rue … Il n’y a pas de mise en valeur du patrimoine !

Lille 3000, c’est du grand spectacle, certes, mais pour la mise en valeur du patrimoine, il n’y pas d’initiative forte ! Si je veux faire visiter la ville à des amis par exemple, il n’y a pas de circuit à faire des quartiers. Il faut donc revoir la signalétique, et en concertation avec les commerçants. Il pourrait y avoir un circuit commerçants par exemple.

Quelle est votre boutique favorite à Lille ?

Moi, j’aime beaucoup aller à la librairie Meura, rue de Valmy, derrière de Palais des Beaux-Arts. C’est une librairie universitaire que je fréquente depuis que je suis étudiant. En tant que professeur d’histoire, je l’apprécie particulièrement. Je vais souvent acheter là-bas.

Quel est votre restaurant préféré à Lille ?

C’est un petit restaurant à Fives, qui s’appelle Chez Molla. Il n’est pas très connu, mais il gagne à être connu ! Il se trouve juste derrière la place Caulier. C’est un restaurant kurde qui fait des pizzas … Le patron créé de vrais liens avec les clients. Il prépare d’ailleurs les plats lui-même (parce qu’il est tout seul). Je le fréquente ce restaurant depuis des années avec mes amis.

Maison Meert de Lille

Que pensez-vous de la plateforme de local shopping (The-ring.io) ?

Déjà juste faire une page Facebook, certains commerçants ont parfois du mal … Et là, c’est un usage intéressant et solidaire du numérique ! Parce que vous mettez à disposition un outil pour les professionnels pour concurrencer le e-commerce, qui les déshabille et les affaiblit. Et donc, c’est une bonne idée, une bonne initiative ! Former les commerçants est primordial !

Propos recueillis par Marine Souxdorf