Stéphane Baly, candidat EELV : « Arrêtons d’associer la piétonisation de Lille à la fin du commerce ! »

Stéphane Baly est la tête de liste du parti EELV aux élections municipales lilloises.

13/03/2020, 23:09 | édité le 01/04/2020 , 17:27

Stéphane Baly à Lille

Suite à nos nombreuses interviews de commerçants, nous nous sommes rendus comptes que ceux-ci avaient différentes attentes et différents questionnements pour le prochain Maire de la ville de Lille comme sur leur accompagnement, le plan de circulation, l’animation de la ville, …

En attendant les élections qui arrivent à grands pas, nous avons donc synthétisé les demandes des commerçants et nous partirons à la rencontre de :

Voici notre interview de Stéphane Baly, tête de liste du parti EELV aux élections municipales lilloises

Drapeau de la MEL

Vous êtes souvent sur le terrain et vous avez dû croiser bon nombre de commerçants. Quel est votre ressenti ?

Ça fait plusieurs mois que je suis en campagne, ce qui permet d’échanger avec les commerçants Lillois. Mais ça fait surtout presque vingt ans que j’habite à Lille et que je fais mes courses dans des commerces indépendants et auprès d’artisans. Donc voilà, ces rencontres de campagne, c’est la continuité d’une relation qui existe déjà depuis des années.

La principale remontée des commerçants et des artisans Lillois, c’est la question du montant des loyers, qui renvoie donc à la proposition que l’on fait de préemption commerciale. Nous proposons une préemption au niveau du bail. Car il est absolument impératif qu’on ait une maîtrise des loyers. Sinon, on tue toute diversité commerciale. Et l’enjeu aujourd’hui n’est pas de standardiser la ville de Lille. Donc il faut faire baisser la fièvre au niveau des loyers, sinon, ça tue toute initiative d’ouverture de commerces indépendants, un peu atypiques …

Et la seconde chose : il faut arrêter la politique du en même temps de la maire actuelle. C’est-à-dire de se dire en soutien d’un côté au commerce indépendant, mais parallèlement, en tuant ce commerce de proximité par le portage politique de projets comme Lillenium. Je peux vous donner une autre illustration des conséquences de ces choix politiques du en même temps, cette fois au niveau culturel : Lille est la seule et unique ville de plus de 200 000 habitants sans cinéma indépendant… Il faut arrêter ce mirage du en même temps !

Que pensez-vous des attentes des commerçants vis à vis des élus ?

La plupart sont légitimes. Parce que jusqu’à présent, on a essayé de concilier l’inconciliable. C’est-à-dire d’être en soutien en façade, tout en plantant des coups de poignard dans le dos ! Ce modèle ne marche plus, a dévitalisé les centre villes, et tue les emplois. Ce ne sont pas les emplois de demain à Lillenium qui compenseront les emplois perdus dans la même rue par exemple. Selon le rapport de la loi de modernisation de l’économie qui est sorti il y a maintenant quelques années, un emploi de la grande distribution tue quatre emplois dans le commerce de proximité et indépendant… Il faut faire des choix de proximité !

Stéphane Baly

On entend beaucoup parler dans la presse ou sur le terrain du nouveau plan de circulation. Quel est votre avis sur ce sujet ?

Contrairement à ce qu’évoque la maire candidate actuelle, on était quand même le seul groupe politique à la soutenir sur ce plan. Elle n’a pas eu le soutien des élus socialistes. Globalement, on a eu quelque chose qui a été fait, mais qui se cantonne sur deux quartiers de Lille et qui aurait dû être fait sur l’ensemble de la ville. On est sur quelque chose qui n’a rien révolutionné non plus, parce que c’est ce qu’avait fait Strasbourg en 1995. Après, les retours des commerçants Lillois sont assez divergents. Certains demandent clairement des pistes cyclables, des espaces piétons, etc. Et d’autres, qui sont dans une lecture assez datée du « nos parkings, nos business », et qui ne voient pas les avantages de ce plan … Voilà, ce qu’il faut, c’est évidemment accompagner la chaîne logistique sur le fait qu’on puisse venir à Lille d’une autre manière et mettre en place des chaînes de livraisons durables si besoin.

Mais arrêtons d’associer la libération de l’emprise de la voiture et la piétonisation du centre-ville de Lille avec la fin du commerce ! Regardez Strasbourg : la ville a largement piétonnisé et largement développé le vélo, et aujourd’hui, c’est une des villes où le commerce est dynamique. L’utopie serait de rester dans la situation actuelle et de ne rien faire.

Alors on dit que maintenant, c’est trop difficile de venir à Lille. Mais à Lille, c’est surtout difficile de respirer ! Le maire doit prendre soin de la population. Et quand on a une qualité de l’air qui est dégradée, quand on a 1700 décès prématurés par an dans la Métropole Lilloise , on doit mener des politiques qui sont à la hauteur. La Grand Place de Lille est la seule place flamande qui est encore traversée par des voitures !

Ce que l’on propose, c’est dix cœurs de quartiers apaisés. Dans chaque quartier, on créera des cœurs de quartier apaisés, qui seront des pôles de proximité, qui va permettre le développement de commerces, des restauration, d’artisanat, de service publique … On ne va pas juste faire une vitrine touristique avec juste un centre-ville apaisé, on ira plus loin !

Que pensez-vous du e-commerce ?

Je suis non pratiquant ! Justement, il ne faut pas se tromper dans les causes des problèmes qu’ont les commerçants. On parlait tout à l’heure des loyers, on peut parler aussi du développement du e-commerce, voilà des causes ! Il ne faut pas renvoyer à des questions d’accessibilité et au plan de circulation. Il faut bien voir la réalité en face.

On a aujourd’hui un certain nombre de commerçants qui ont à la fois une plateforme web, et à la fois une boutique. Donc il peut y avoir une complémentarité entre la boutique et le digital.

Vous arrive-t-il comme un français sur deux d’acheter sur Amazon ?

Non. Mes achats sur internet sont des billets de train ou des éléments que je ne trouve pas dans les commerces de Lille. Mais je n’achète jamais via Amazon, ou Ali Baba ou autres plateformes ainsi. D’ailleurs, on disait que la grande distribution créait quatre fois moins d’emplois que le commerce de proximité. Et bien les plateformes de e-commerces sont quatre fois moins intensives en termes d’emplois que la grande distribution ! Du coup, 16 fois moins que le commerce de proximité …

Pour le domaine de la restauration, que pensez-vous de la livraison à domicile (des services comme Uber Eats ou Deliveroo) ?

Encore une fois, je suis personnellement non utilisateur. Parce que j’ai un vélo et parce que j’ai une bonne paire de chaussures ! Je suis extrêmement partagé à ce sujet dans le sens où désormais, il y a quand même toute la question des conditions sociales des livreurs qui se pose. On doit avoir un cadre social pour ces plateformes qui reposent sur du dumping social et même sur du dumping fiscal.

Mais d’un autre côté, je pense que c’est aussi toute la question de la livraison du dernier kilomètre. Et cette idée de livrer à vélo est bonne. Bien sûr, la logistique du dernier kilomètre est au cœur de nos propositions. C’est pour moi un véritable enjeu et je pense que c’est aussi aux commerçants de changer leur lecture sur cela.

Stéphane Baly avec un commerçant Lillois

Pensez-vous que cela soit utile pour les commerçants de proximité de livrer ?

Ce modèle là fait partie de la chaîne logistique, et la livraison du dernier kilomètre en logistique durable est vraiment à développer ! Avec des vélos, des triporteurs, des camionnettes électriques … Alors ce qui est important, c’est que ces chaînes là soient sur une logistique durable, pour supprimer l’aberration d’avoir des camions absolument énormes pour livrer un petit paquet en plein cœur de Lille. Des camions qui polluent, qui dégradent la voirie …

Avez-vous des conseils à donner aux commerçants pour booster leurs affaires ?

Qu’ils le portent leur projet avec conviction. On voit de nombreux commerces qui se sont installés, des choses qui marchent très bien, des nouveaux concepts, comme Day By Day, les Mains dans le Guidon, Vertige … Ce ne sont pas uniquement des commerces, c’est aussi une proposition d’activités, de services, et peut être que les frontières sont moins étanches. Peut-être qu’il faudrait repenser la définition du commerce.

L’animation des commerces de proximité est primordiale pour booster le passage ? Qu’avez-vous prévu sur ce sujet si vous êtes élu ?

Évidemment, soutenir les unions commerciales. Mais aussi, comme j’évoquais, être cohérent ! C’est-à-dire que l’animation ne peut pas aller de pair avec la destruction (soutenir les projets de grande distribution). Le maire de Lille votera systématiquement négativement à tous ces genres de projets destructeurs !

Comment allez-vous aider les touristes à découvrir les commerces de Lille si vous êtes élu ?

Ce sera en articulation avec l’office du tourisme de Lille, bien sûr. On a différents types de touristes à Lille. Lille est un carrefour ferroviaire, donc on a aussi un tourisme d’affaires qui est à développer.

Et on fera évidemment la promotion de la ville telle qu’elle est, et en cohérence. Par exemple, il faudra réguler Airbnb, qui concurrence de manière totalement déloyale l’hôtellerie. Il faut cadrer les acteurs qui ne jouent pas avec les mêmes règles fiscales, sociales … Je ne suis pas pour l’interdiction, mais il faut le réguler.

Quelle est votre boutique favorite à Lille ?

Je dirais la Biocoop rue du Molinel. Parce que je m’y arrête quasiment tous les jours, parce que j’y trouve tout ce dont j’ai besoin de produits bios, des personnes chaleureuses. Et la boulangerie à côté fait un pain très bon d’ailleurs !

Stéphane Baly avec un producteur local

Quel est votre restaurant préféré à Lille ?

Celui où je vais tous les vendredis en ce moment avec la campagne, c’est l’Hopen Source. C’est le premier restaurant bio à Lille depuis maintenant plus de trente ans. Il a été repris par le fils du fondateur d’ailleurs. C’est un restaurant où on peut manger végétarien (ou pas), bio et local.

Après, ce qui est intéressant, c’est qu’un certain nombre de restaurants bios et locaux se sont créés ces derniers temps. Je pense au Frigidaire, à la Moulinette …

Et je vais en citer un qui mérite absolument d’être cité, qui vient d’ouvrir à Lille Sud : Les Beaux Jours. Ce sont des pionniers de qualité là où ils se sont installés, rue du faubourg d’Arras, à Lille Sud.

Que pensez-vous de la plateforme de local shopping (The-ring.io) ?

Fortifier le commerce indépendant, ça ne peut aller que dans le bon sens. Donc toute initiative pour faire en sorte que le commerce vive, tout acteur qui peut y contribuer, est le bienvenu à Lille !

Propos recueillis par Marine Souxdorf