Camille, de Greendy Pact, à Lille : «Échangeons nos vêtements !»

Et si vous échangiez les habits que vous ne portez plus contre d'autres jolies pièces de seconde main ?

18/05/2020, 18:25 | édité le 18/05/2020, 19:00


Camille Courmont est la gérante et créatrice de ce magasin au concept inédit à Lille : le Greendy Pact. L’idée ? Échanger les habits qu’on ne met plus (mais qui sont encore en très bon état) contre d’autres de seconde main (aussi en super parfait état !).

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre magasin ?

Tout a commencé en mars 2019, au moment où je me suis lancée dans l’aventure entrepreneuriale. J’ai été incubée à Blanchemaille by EuraTechnologies et j’ai ouvert mon magasin en janvier 2020 à Lille.

La boutique est née d’une problématique d’abord personnelle puisque j’avais un dressing qui débordait ! J’aime beaucoup la mode, mais à un moment, j’ai pris conscience de l’impact environnemental et social qu’avait ce dressing débordant … Et quand on prend conscience de ça, on a tout de suite plus de mal à aller s’habiller dans les grandes enseignes.

Donc j’ai cherché une alternative pour renouveler mon dressing de façon un peu plus responsable, tout en continuant à me faire plaisir. Et c’est en analysant cette problématique là que je me suis dit qu’en fait, finalement, on avait déjà tellement de ressources chez nous, dans nos dressings, que si on les mettait en commun et qu’on faisait de l’échange, on pourrait avoir un potentiel vestimentaire hyper cool. Et c’est comme ça qu’est né Greendy Pact !

greendy pact échanges de vâtements à Lille

Quel est le concept de votre boutique ?

C’est un peu le même concept que les Troc Party, qui sont des événements ponctuels, mais version permanente, avec un magasin !

C’est un service d’échange de vêtements de seconde main pour les femmes (toutes tailles) et les enfants de 0 à 6 ans. La cliente ramène les vêtements qu’elle ne porte plus (propres, sans trous, sans tâches, en bon état, de saison, et coulé dans l’air du temps). Ces vêtements sont bien vérifiés, puis validés et en échange, la cliente récupère des Greendies. Le Greendy, c’est la monnaie virtuelle de la boutique. Et avec ses greendies, elle peut reprendre n’importe quelle autre pièce de la boutique.

Et l’accès de ce service d’échange se fait avec l’achat d’un pass, un peu comme un ticket d’entrée. Il y a trois formules :

  • Le pass jour, qui permet d’échanger au maximum 10 vêtements le jour même;
  • Le pass mois, qui permet d’échanger aussi maximum 10 vêtements, mais sur un mois;
  • Et le pass annuel, qui permet de s’engager vraiment durablement dans ce nouveau mode de consommation, qui permet d’échanger en illimité pendant un an.
prix des pass greendy pact

Et puis derrière cette boutique physique, il y a aussi tout un parcours ludique et éducatif. Parce que ma volonté, c’est vraiment d’accompagner le changement de comportement et cette transition vers des modes de consommation plus responsables. A partir du moment où une cliente va faire ses premiers échanges, elle va rentrer dans ce que j’appelle le Greendy Game, avec des badges à obtenir. Plus elle échange, plus elle déclenche des niveaux avec des nouveaux badges, elle peut obtenir des récompenses, cumuler les points … Donc voilà, il y a un peu aussi tout ce système de jeu éducatif derrière la boutique.

Comment vous choisissez les vêtements que vous acceptez ?

C’est surtout du bon sens : je regarde s’il n’y a pas de trou, si tous les boutons sont là, s’il n’y a pas de tâche, pas d’accroc, si le vêtement n’est pas déformé ou délavé … Ça, c’est la première chose, et c’est primordial.

Et après pour le côté « coulé dans l’air du temps« , je ne refuse presque pas à cause de ça. Parce que j’ai une clientèle très variée, et donc des pièces qui pourraient ne pas me paraître dans l’air du temps selon moi, pourraient tout de même convenir à certaines de mes clientes. Donc je ne refuse pas beaucoup de vêtements selon ce critère là. C’est juste que je ne positionne pas comme une boutique vintage, mais dans l’air du temps.

Pourquoi ce nom : le Greendy Pact ?

Greendy parce que c’est la contraction de « Green » (vert) et de « Trendy » (branché). Ce qui veut dire que oui, on peut être tendance tout en étant dans une démarche verte, responsable.

Et « Pact », parce que pour moi, c’est un pacte de confiance et de communauté qui se créé, puisque ce système d’échange ne peut fonctionner que sur la base de la communauté. C’est un pacte d’échange et de confiance, tout simplement !

Greendy Pact devanture Lille

Vous entreprenez seule ou en équipe ?

Seule !

Et comment vous gérez tout ça toute seule ?

C’est sport ! C’est clair que c’est sport ! Après, oui, sur le papier, je suis seule, mais j’ai tout de même été accompagnée par EuraTechnologies et par la BGE aussi (réseau d’accompagnement à la création d’entreprise). J’ai été vachement accompagnée et si j’ai besoin, je trouve l’aide qu’il faut. Mais c’est vrai que c’est sport !

Au niveau de l’équilibre vie privée / vie publique, comment cela se passe pour une entrepreneuse comme vous ?

Alors, déjà, dès que je rentre chez moi, je ne travaille plus, ou peu. Sauf s’il y a vraiment des urgences. Donc même si je suis quasiment tous les jours en boutique, chez moi, je débranche. Bon, c’est plus compliqué avec les réseaux sociaux, parce que forcément, il y a une vraie communauté qu’il faut animer et il faut créer du lien avec les clients …

Mais après, c’est un choix aussi, en tant qu’entrepreneuse. J’ai l’avantage d’être celle qui pose les barrières, celle qui dit : « bon allez, stop maintenant, on débranche ! »

Quelle est votre stratégie digitale ?

Je travaille beaucoup sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, et un peu Linkedin). Ma stratégie, c’est d’abord d’apporter du contenu. Parce que le principe d’échange est nouveau. La seconde main est en train de prendre de plus en plus d’ampleur, mais le principe d’échange n’est pas encore très répandu, alors il faut commencer par rassurer le public et les clients. Et ça, ça passe tout d’abord par les réseaux sociaux, notamment en prenant des photos des produits qui arrivent. Parce qu’il y a beaucoup de personnes qui au début craignaient de donner leurs habits, mais de ne rien trouver qui leur plaisait en échange. Ça permet avant tout de rassurer et de donner envie.

Après, je publie aussi le quotidien de la boutique, l’ambiance, les horaires, ainsi que le coté entrepreneuriale et personnel (mais pas trop de personnel !).

Comment se passe votre réouverture depuis le confinement ?

Cette première semaine s’est plutôt bien passée ! J’ai eu du monde, mais plus étalé sur la journée. Peut-être parce que les clients sont encore en télétravail de manière générale, et ont des horaires plus flexibles, je ne sais pas … Mais en tout cas, au niveau de la gestion, c’est beaucoup plus facile pour moi ! Par exemple, avant, j’avais deux gros moments de rush : entre midi et 14h, et après 17h. Alors que là, il y a quelqu’un en permanence, mais tout au long de la journée, donc c’est quand même beaucoup plus agréable. Les clientes étaient au rendez-vous, je suis super contente pour ça !

Après, maintenant, sur la logistique, ça demande encore plus de temps qu’avant. Quand je reçois un vêtement, il doit être lavé et repassé par la cliente. Mais depuis la réouverture, maintenant, j’isole jusqu’au lendemain les vêtements que je récupère, et le lendemain, je passe tout à la vapeur, puis je remets en rayon. Et du coup, à chaque fois que j’isole des habits, je dois remplir les rayons avec d’autres pièces du stock, donc c’est tout un protocole qui prend beaucoup plus de temps… Mais après, c’est un processus qui est plus qu’important ! Et ça rassure aussi les clients. Et finalement, ça devient un peu un réflexe. C’est une nouvelle routine !

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans l’aventure the-ring.io ?

Je me suis dit pourquoi pas ! Après, moi, toute la partie digitale, je l’ai déjà. Même dans la partie e-commerce, vu qu’on peut acheter directement des pass en ligne. Mais je voulais faire partie de ce réseau hyper local the-ring.io, avec les voisins et les collègues !

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Dans cinq ans, j’espère que Greendy Pact sera devenu un vrai réflexe de consommation, et que j’aurais un peu réussi à convertir encore plus de monde à la seconde main. Et pourquoi pas avoir d’autres boutiques !

>> Greendy Pact : 135 Rue Pierre Mauroy, 59000 Lille

Marine Souxdorf