Karim et Kévin de Comment ça vrac ? à Lille : «l’épicerie bio mobile»

L'idée des deux entrepreneurs est de rendre accessible les fruits et légumes bios et locaux à tout le monde en les ramenant à Lille.

03/06/2020, 18:13 | édité le 10/09/2020, 15:21


Karim, 41 ans, a été graphiste pendant 15 ans, et Kévin, 34 ans, charpentier pendant 16 ans. Tous deux avaient envie de changer, et de redonner un sens à leur travail. Ils ont créé « Comment ça vrac ?« , une épicerie mobile bio et à vélo dans la Métropole. Vous les avez d’ailleurs peut-être déjà croisé sur leurs vélos dans les rues de Lille 🚲

Ils vous en disent plus sur ce concept innovant 😃

Quel est le concept de Comment ça vrac ?

Le concept est assez simple, c’est de pouvoir regrouper des fruits et légumes locaux et bios, si c’est possible, et de ramener ça en ville, à Lille intra-muros surtout, pour que ce soit accessible à tout le monde, aussi bien en terme de prix qu’au niveau proximité pour les gens.

comment ça vrac épicerie mobile à Lille

Comment êtes-vous arrivés à cette idée ?

En fait, ça s’est fait en deux temps. Moi, Karim, j’avais cette idée de regrouper à la fois le vrac et les fruits et légumes locaux, et d’avoir le petit côté ambulant. Et puis quand j’en ai parlé à Kévin, qui avait aussi envie de redonner du sens dans son travail, il a amené le concept du vélo au projet.

Et c’est à partir de là qu’on a commencé à construire notre business plan. On s’est rendu compte que faire ça dans Lille, ça avait beaucoup de sens, parce qu’en zone rurale, il y avait suffisamment de fermes, etc.

Et puis voilà, on a tout construit ensemble, même les vélos. On a lancé le concept au début du mois de mai 2019, donc il y a un peu plus d’un an. Et ça prend bien !

Pour le moment, on travaille uniquement à Lille intra-muros, et puis peut-être qu’à l’avenir on développera un petit peu ça dans les villes périphériques, parce que nous sommes beaucoup sollicités par dans toute la MEL.

Comment ça se passe pour le client qui aimerait profiter de votre service ?

Alors, il n’y a surtout pas de système de commande, car on n’est pas des livreurs. On ne voulait pas être sur ce concept là, surtout qu’il y a déjà pas mal d’entreprises qui proposent ça sur Lille. On voulait plutôt que les gens puissent se retrouver, en créant une sorte de petit marché ambulant.

On a donc on a mis en place une demande de passage. Les clients ont en fait accès à nos agendas et ils peuvent réserver un créneau qui leur correspond. Ils ont juste à remplir leur adresse et à donner un contact au cas où. Et puis après, nous, en contrepartie, nous leur demandons d’avertir leurs voisins de notre passage. Et c’est comme ça que ça a pris, grâce au bouche à oreille. C’est notamment grâce à ça que ça a pris.

Et après, une fois qu’il y a plusieurs personnes sur le créneau, on le fixe et ça devient un point de rendez-vous fixe. Donc ils n’ont plus besoin de faire la demande et on vient de manière récurrente toutes les semaines.

Quand c’est pour une personne, généralement, on reste une demi-heure sur le créneau, et quand il y en a plusieurs, on reste entre 45 minutes et une heure.

Comment s’organise donc votre journée type ?

Alors, on se lève très très tôt le matin et on se prépare à aller voir les producteurs. Tous sont à peu près à moins de 10 kilomètres de Lille. Et on va donc chercher la production du jour, en faisant les commandes la veille.

Il est aussi important de savoir que nous nous différencions par rapport aux autres acteurs qui évoluent dans le même domaine que nous. Chez Comment ça vrac, nous leur achetons la marchandise, et si on ne la vend pas, c’est nous qui gérons. Donc c’est un peu aussi une prise de risques, mais voilà, les producteurs sont vraiment contents de cette manière de faire. Et autre chose : on ne négocie pas les prix. On achète à leurs tarifs et puis après, nous, on essaie de vendre aux tarifs du marché.

Et donc à partir de là, après être passé chez les producteurs, on revient avec les marchandises dans notre local. On prépare nos vélos, et puis on démarre notre tournée, selon le planning et les réservations.

Comment s’organise votre équipe ?

On a lancé ça à deux et depuis le confinement, on a élargi un peu l’équipe : on tourne à 4 personnes sur le terrain et il y a une personne qui reste au local pour s’occuper un peu de tout le reste.

Là, ces nouvelles personnes qui nous soutiennent dans l’activité, ce sont des personne à qui on a fait des contrats d’un mois. Le confinement a permis de faire ça, oui, c’est cool !

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Et comment sélectionnez-vous les producteurs avec lesquels vous travaillez ?

Alors, on est d’abord allé les voir pour leur parler de notre idée. Et puis après, ils ont commencé à entendre parler de nous, ça a bien pris, et on a pu créer des partenariats durables. Donc nous, on recherchait évidemment des choses : une agriculture durable, avec le moins de traitements possible, voire pas du tout.

C’est comme ça qu’on a entendu parler du Lycée Horticole de Lomme, par exemple, qui est devenu un de nos producteurs principaux. On a aussi Denis, qui est du côté de Toufflers, de la Ferme Cimetière, qui est l’un des seuls producteurs de la région à faire encore de la pleine terre sur plusieurs produits comme les endives, les fraises, etc. Et puis là, récemment, on a commencé à travailler avec Au Vert Galant, à Verlinghem, une maraîchère qui a récupéré la ferme de ses parents et qui ne traite pas du tout, donc c’est totalement bio.

Donc voilà, c’est plutôt sur ces critères là qu’on a trouvé ces personnes. Du coup, nous, après, on indique tout ça aux clients. On les prévient quand parfois il peut y avoir des traitements et on leur dit bien qu’on n’est pas forcément sur du label bio, mais qu’on est plutôt sur du local, et qu’on va vérifier ce que les producteurs font.

Et quels produits vendez-vous ?

Des fruits et légumes de saison. On a vraiment tous les fruits et légumes de saison, et de la région, bien sûr, dans nos vélos. Après on a fait quelques petites exceptions, parce qu’on manque un peu de fruits dans le Nord. Donc on va quand même chercher au MIN de Lomme des agrumes qui viennent de Sicile, des kiwis du Sud Ouest et des abricots aussi.

Voilà, et après on a tout le vrac, donc les légumineuses, les produits secs… Et pour ça, on travaille avec une grossiste de Nieppe, bio et équitable. On lui a fait une sélection de produits et puis on tourne avec elle depuis le début.

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Comment gérez-vous la demande de stock aux producteurs si vous ne procédez pas par commande ?

C’est vraiment au coup d’oeil. Tous les soirs, on jette un coup d’oeil à nos stocks et puis on voit un peu ce dont on a besoin par rapport au type de clientèle et à la tournée. Puis on fait le point par rapport à ce qu’il nous reste et on recommande pour le lendemain.

Alors oui, c’est super compliqué, c’est toujours du flux tendu. On n’a pas toujours tout, surtout en fin de journée, et ça peut arriver qu’il manque des choses. Mais on se dit que ça fait partie de la démarche aussi, c’est à dire qu’on essaie de faire comprendre aux gens qu’on n’est pas une grande surface et qu’on n’a pas tout le temps et qu’il faut s’adapter à ça. Et au final, c’est une bonne chose aussi !

Et vous livrez tout à vélo ?

Oui, sauf qu’on ne livre pas, on n’aime pas ce terme. Ce que l’on fait vraiment, c’est créer des petits marchés. On fait tout à vélo et on créé des petits marché selon les endroits où on retrouve nos clients.

Et pour gérer notre tournée à vélo, on a divisé Lille en dix quartiers dans lesquels on fait des tournées. Et on fait deux quartiers par jour. On répartit ça comme ça et ça fonctionne bien. De cette manière, les gens font leur réapprovisionnement une fois par semaine et ils retiennent le jour de tournée dans leur quartier.

Voilà, un jour = deux quartiers. Parce que si par exemple, on a des demandes à Fives et puis qu’après on a des demandes à Lille-Sud c’est un peu compliqué à vélo …

On a deux créneaux horaires, un le matin pour les gens qui sont disponibles et qui sont chez eux, et un plutôt en fin d’après-midi / soirée, pour les gens qui sont actifs et qui ne sont pas trop disponibles en journée. Comme on peut nous retrouver quoi qu’il arrive, et qu’importe l’horaire du client.

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Vous parliez plus tôt du confinement. Votre activité a bien marché pendant cette période. Pourquoi, selon vous ?

Parce qu’avant ça, on n’était pas très visible. Parce qu’on est dans les rues, certes, mais les gens travaillaient, donc ils n’étaient pas chez eux. Alors que pendant le confinement, si.

Et puis il y a eu aussi cette peur de retourner en grande surface, donc beaucoup de personnes ont commencé à se renseigner sur les alternatives et les initiatives qu’il pouvait y avoir sur Lille. Et il y a eu beaucoup de bouche à oreille, beaucoup de répercussions sur les réseaux sociaux aussi, et la presse nous a bien suivi également… Et puis là où on a vraiment réussi notre coup, c’est sur le fait que les gens ont pu essayer, et ils se rendent compte que ce n’est pas plus cher qu’ailleurs. Et quand je dis ça, on peut comparer nos prix aux grandes surfaces. Et donc, ils ont testé les produits et se sont rendus compte que les produits étaient meilleurs, mais pas plus chers.

On était déjà visibles depuis le lancement de notre projet, mais il nous fallait ce deuxième coup de vitesse pour pouvoir devenir viable et faire vivre le truc vraiment !

Quels sont les futurs projets de Comment ça vrac ?

Pour l’instant, Kévin et moi, on ne se paie pas. Donc là, le but, c’est surtout de faire en sorte que l’activité puisse tourner et puis de faire travailler les personnes qui sont avec nous.

On veut rester a taille humaine, mais on aimerait aussi quand même réussir à couvrir Lille et toute la périphérie. Donc on est en train d’essayer de voir pour avoir un deuxième local dans le nord de Lille (car notre premier local est à Wazemmes). L’objectif serait d’avoir une deuxième antenne pour pouvoir aller sur toutes les villes périphériques au nord et au sud de Lille.

Marine Souxdorf

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