MIMI the ClowN, peintre lillois : «Les gens ont besoin d’un peu de vie»

Avez-vous déjà croisé un clown collé sur les murs de Lille. C'est lui, c'est Mimi le Clown ! 🤡

27/05/2020, 23:21 | édité le 22/06/2020, 14:09

mimi the clown artiste de Lille

Mimi le Clown, vous le connaissez, c’est sûr ! Mais si, vous avez déjà sûrement rencontré un clown collé sur les murs de votre ville !

Rencontre avec le peintre qui se cache derrière le clown.

Pourriez-vous nous parler de votre art ?

Alors, vous avez le temps là ? Parce que ça me prendra au moins quatre heures !

Non, plus sérieusement, moi, mon personnage, c’est un clown. Et puis je fais évoluer mon clown au fur et à mesure de mes envies depuis maintenant une quinzaine d’années. Par le biais de ce clown, je raconte différentes histoires : je réagis à l’actualité, à mes goûts musicaux, à mes voyages, à mes rencontres, etc. Donc ça change tout le temps, c’est comme la vie, ça change tout le temps !

oeuvres mimi the clown

Pourquoi avoir choisi le clown comme symbole de représentation ?

Parce qu’on vit dans une société un peu pittoresque et je me suis dit qu’un clown pouvait à la fois être triste, joyeux, amoureux, etc. En bref, qu’il pouvait passer par tous les sentiments. Et en plus, je pense que notre société, notre époque actuelle fait qu’un clown, pour moi, c’était le personnage le plus adéquat.

Est-ce que vous voulez faire passer un message par vos oeuvres ?

Bien sûr, oui, mais après, lequel, c’est à chacun de voir !

Ce n’est pas à moi de le dire quel est le message. Moi, je travaille, et évidemment il y a un message, même un message politique, je pense, mais ça, c’est à chacun de le lire soi-même.

oeuvre de MIMI le clown dans son atelier

On vous connaît surtout pour vos collages dans les rues de Lille. Evoluez-vous uniquement dans le street art ?

Non, pas du tout. Pour moi, le street-art, c’est une des multiples facettes de mon travail, mais je fais plein d’autres choses. J’aime beaucoup en ce moment la vidéo, je travaille sur toile, je peux travailler sur papier aussi, et j’alimente un réseau de galeries d’art avec lesquelles je travaille. Le street art, c’est une facette parmi d’autres.

Au niveau de Lille, vous êtes très connu. Comment vous ressentez cette popularité ?

Je n’en ai que faire ! Sincèrement, c’est cool, mais ce n’est pas ça qui remplir le frigo… Et quand c’est toi-même, tu ne mesures pas vraiment ta popularité.

Si, c’est clair que ça fait plaisir quand j’entends quelqu’un dans la rue dire “Eh t’as vu, c’est Mimi le Clown !” Ça c’est vrai que c’est sympa !

D’ailleurs, après le confinement, j’ai recommencé à faire des collages dans les rues dès la semaine dernière. Et les gens aiment bien, c’est vrai ! Il m’envoient des messages quand ils découvrent un nouveau collage sur le trajet de leur travail … Ça plaît aux enfants aussi, je reçois souvent des photos d’eux à côté d’un de mes collages ! Et c’est top ça, j’aime trop quand je reçois ça ! Mes collages font plaisir aux gamins, ça met de la vie. Encore plus en déconfinement, les gens avaient besoin d’un peu de fleurs, d’un peu de vie, quoi !

Vous nous accueillez dans votre atelier pour cette interview. Est-ce que vous pouvez nous expliquer un peu ce que vous faites dans cet atelier ?

Et bien, je fais de la peinture !

Dans mon atelier, il y a un tiers de l’atelier qui est vide, c’est ma zone de travail (notamment ma zone de peinture, mais aussi pour pouvoir faire des séances photos aussi, des vidéos, etc.) Moi, je suis grand et j’ai besoin de beaucoup d’espace pour bouger, donc toute cette zone là reste vide et est réservée à mon travail.

Après, j’ai aussi une partie stockage, de toutes mes oeuvres, qui partent et qui reviennent, dans les galeries, dans les expos, etc. Et j’ai bien sûr du matériel.

Et vous venez de déménager dans un nouvel atelier ?

Oui, avant, j’étais à la Madelaine. Et là, je suis maintenant à la Malterie. C’est une ancienne brasserie qui a été transformée en un lieu culturel depuis plus de 20 ans. Avant, c’était d’un autre style, un peu plus sombre, où il y avait beaucoup de spectacles. Moi, j’ai connu ça il y a plus de 20 ans. J’adorais venir y voir des spectacles quand j’étais adolescent. Et maintenant, c’est devenu un lieu pour les artistes. Il y a des plasticiens, graveurs, acteurs de théâtre, musiciens … Il y a une salle de spectacle en bas aussi. C’est mythique comme lieu !

atelier mimi the clown

Y-a-t-il une oeuvre dont vous êtes le plus fier ?

Ça dépend. Il y a des oeuvres que je ne montre pas trop pour ne pas les vendre. Parce que je n’ai pas envie des les vendre. Et souvent, c’est celles-là que j’aime vraiment bien. Je n’ai pas une oeuvre que je préfère. Mais en général, il y a des oeuvres que je n’ai pas envie de vendre, que je montre beaucoup moins, que je ne propose pas pour des expositions, etc. Souvent, j’en suis fier, parce que je veux les garder pour moi.

Une fois, j’ai vendu des oeuvres à une galerie avec qui je travaille. Et puis, en la revoyant dans la galerie, je me suis dit que j’aurais dû la garder pour moi…

Donc non, il n’y a pas une oeuvre en particulier que je préfère, il y a des oeuvres que je préfère !

Et est-ce que vous avez un modèle artistique en particulier ?

Encore une fois, il y en a plusieurs. Et ce ne sont pas forcément des artistes de street art, étonnamment. Ça peut être un photographe, un comédien, un musicien, mais il n’y en a pas un en particulier non plus. C’est vraiment un mixte d’artistes.

dali en clown par mimi the clown

Vous êtes présent sur les réseaux sociaux. Est-ce que vous avez une stratégie spéciale au niveau de ces canaux ?

Pour moi, les réseaux sociaux, c’est un petit peu tous les jours, c’est une routine. Je me suis rendu compte qu’une oeuvre, à réaliser, ça pouvait mettre un mois, deux mois, voire beaucoup plus. Hors, une image sur un réseau social, ça peut faire le buzz pendant seulement une journée. Alors quand tu fais une oeuvre que tu as mis deux mois à réaliser, que tu la trouves génial, que c’est ton oeuvre préférée, et puis qu’elle buzz pendant une seule journée… Bon, ça veut dire qu’il faut vraiment être actif et en mettre un petit peu tous les jours.

Je travaille sur internet et les réseaux depuis pas mal de temps, parce que je me suis rendu compte que le commerce physique, le commerce traditionnel, et notamment le commerce des galeries, il n’était plus unique, et devenait de plus en plus en perte de vitesse. Et du coup, internet, il fallait le développer.

Et raison de plus pour le développer avec la crise du virus ! Parce que le commerce physique perd encore plus du terrain et les gens achètent sur internet. En ce moment, les galeries physiques sont fermées, et elles ne vendent plus rien en ce moment. C’est une catastrophe ! En fait, toutes les expositions ont été annulées. J’avais une exposition prévue juste avant le confinement et elle a été annulée jusqu’à la fin d’année, au moins. Donc si moi, je n’avais pas développé internet, j’étais mort quoi ! Je n’ai plus une seule rentrée d’argent grâce aux galeries depuis le début d’année !

Et vous vendez vos oeuvres ?

Oui, bien sûr. Par des galeries physiques, mais aussi par des galeries en ligne, et sur mon site.

Et pendant le confinement, je n’ai vendu que par internet. Hier encore, je livrais des commandes faites pendant le confinement. En fait, les gens, pendant cette période, étaient encore plus disponibles pour l’art finalement, parce qu’ils n’avaient pas grand chose à faire. Quand je postais un truc, c’était beaucoup plus vu, etc. Et tant mieux pour moi, j’espère que ça va continuer parce que là, on ne sait pas quand on va reprendre une vie normale… Même la Braderie de Lille, on ne sait pas trop si elle aura lieu, mais moi, normalement, je vends à la braderie de lille, j’ai un stand !

Etes-vous lillois ?

Disons que je suis de la région, parce que je suis né à Cambrai, mais j’habite Lille, oui. J’ai grandi à Lille. J’aime bien Lille, parce qu’elle a une situation géographique plutôt centrale, et c’est très pratique.

Et quel est votre endroit préféré de la ville de Lille ?

Mon endroit préféré c’est clairement le parc de la Citadelle. Je suis tout le temps là-bas ! J’aime bien la nature. Et comme à Lille, ça manque vraiment de verdure, je suis tout le temps à la Citadelle ou le long de la Deûle. Parce que j’ai besoin de respirer !

interview de Mimi le clown

Marine Souxdorf

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