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thierry Landron Méert Lille

Thierry Landron, de Méert, à Lille : «Lille, c’est le commerce»

Thierry Landron dirige la célébre Maison Méert de Lille depuis 25 ans ...

25/06/2020, 17:11 | édité le 10/07/2020, 17:26


Thierry Landron est à la tête de Méert Lille. Un commerce lillois qu’on ne présente plus tellement il est devenu iconique ! Cela fait 25 ans qu’il dirige la célèbre pâtisserie et Maison de gastronomie.

Pouvez-vous nous raconter un peu la longue histoire de la Maison Méert ?

Ah, cette plus vieille pâtisserie dont on dit qu’elle est sans doute la plus vieille du monde ! Nous, nous avons des archives qui remontent à 1677. On était sans doute confiseurs à l’époque, et puis nous avons traversé les siècles en exerçant beaucoup d’autres métiers. Nous avons même été distillateurs. Aujourd’hui, nous sommes pâtissiers chocolatiers, et le spécialiste des gaufres. Nous avons également un salon de thé et un restaurant.

La Maison Méert s’est développée sur la région, parce qu’on est installé depuis toujours à Lille, mais aussi au musée “la Piscine” à Roubaix. Nous avons également deux boutiques sur Paris.

Méert Lille

Quels sont les différents services que propose Méert ?

Sur Paris, c’est plutôt l’univers de la boutique. Sur Roubaix, on est plutôt sur une ambiance brasserie et salon de thé.

Et puis à Lille, là pour le coup, nous additionnons tous les services, toute la palette de ce que nous savons faire aujourd’hui. C’est à dire que nous avons une pâtisserie, une confiserie, on a bien sûr un salon de thé, un restaurant, et puis la e-boutique qu’on gère de Lille.

La boutique de la rue Esquermois à Lille, c’est vraiment notre siège social. Méert est né rue Esquermoise, même si nous avons été un peu plus loin, dans la rue Nationale. Donc oui, notre bastion, c’est bien sûr la rue Esquermoise à Lille.

Méert Lille

Quel est, encore et toujours, votre produit phare ?

C’est l’avantage des grandes maisons, nous avons des produits iconiques. Nous en avons d’ailleurs plusieurs chez Méert.

Mais celui qui est vraiment de la Maison, c’est bien sûr la gaufre. Cette gaufre fine garnie d’une crème à la vanille, pour la classique. Nous fabriquons aussi les gaufres au spéculoos, citron, pistache griottes, et des parfums éphémères … Le produit iconique, c’est réellement la gaufre, dont on dit d’ailleurs que c’était la préférée du Général de Gaulle …

C’est notre spécialité, mais c’est aussi une spécialité culinaire du Nord. Assez peu connue d’ailleurs. C’est assez rigolo, autant on associe les gaufres à la gaufre de Bruxelles, mais c’est vrai qu’on a du mal à associer la gaufre à celle du Nord. Mais si, c’est une spécialité du Nord. C’est celle qu’on connaÎt et qu’on mange depuis qu’on est tout petit dans la région.

Méert Lille

A l’époque, pourquoi avoir choisi la rue Esquermoise pour s’installer ?

Alors ça, évidemment, c’est pas de mon fait, c’était il y a plus de deux siècles. La rue Esquermoise a toujours été une rue très commerçante et chic. Il y avait à l’époque beaucoup de confiseurs et beaucoup de chocolatiers dans cette rue. C’était vraiment la rue des confiseurs. Nos prédécesseurs s’y sont donc installés. Depuis, tout ça a beaucoup bougé.

Aujourd’hui, on est sur les arts de la table, on est sur le mobilier contemporain, l’habitat, etc. On a aussi des boulangeries, des traiteurs, et évidemment, Méert. C’est quand même une rue dynamique où on a plein de commerces assez sympas, et c’est ce qui fait que cette rue reste très attractive.

Méert Lille

La Maison Meert est classée aux monuments historiques, en partie pour son architecture. Pouvez-vous nous parler de cette architecture si particulière ?

Alors oui, vous me demandiez notre produit iconique. Evidemment, tout le monde connaît la réponse. On a parlé aussi de l’histoire de la Maison. Mais c’est vrai qu’on a aussi une boutique absolument incroyable ! Et c’est aussi ça qui contribue à notre rayonnement. Les décors de la confiserie datent de 1839. Presque deux siècles quand même !

Et il y a deux siècles, c’était déjà un événement. Quand on regarde bien les décors de cette boutique il y a quand même des peintures et des dorures exceptionnelles de par leur qualité. C’est vraiment un musée vivant ! Quand on passe un peu de temps dans la boutique, on découvre tous ces décors qui sont extrêmement riches et variés, d’une qualité inégalable.

C’est ce qui fait partie aussi de la marque. On parlait de son histoire, très ancienne et puis on a parlé du produit iconique, mais il y a aussi ses décors, évidemment ! Et puis après, il y a ses Hommes. Voilà, tout ça fait que la Maison Méert, c’est la Maison Méert. Et elle est unique.

Méert Lille

Justement, en étant unique, c’est devenu un lieu incontournable de Lille. Qu’est-ce que cela vous fait, personnellement, ce succès ?

Méert a toujours été le rendez-vous des Lillois. Le salon de thé a été inauguré en 1909 pour accueillir la clientèle plutôt bourgeoise de l’époque.

C’est aussi une histoire d’Hommes et de Femmes. L’homme qui a inventé la recette de la gaufre fourrée à la vanille, c’était Michel Méert, d’Anvers d’origine, quand il l’a inventé, il ne savait sans doute pas que deux siècles après, nous continuerions effectivement à produire autant de gaufres avec la même recette ! C’est ce qui contribue aussi à la notoriété de notre Maison, c’est cette succession de familles, qui nous ont laissé des traces invraisemblables de leur passage et ça, c’est absolument unique !

Après oui, c’est devenu une adresse, un lieu incontournable. Il y a plusieurs notions là-dessus. C’est un lieu où on se fait plaisir et où on veut faire plaisir. Ce petit plaisir sucré, c’est quand même juste un bonheur, et le bonheur authentique, c’est juste bon pour la santé …

Il y a aussi l’histoire, vous le disiez, l’histoire des grandes familles du Nord. Ces familles qui sont restés très attachées à la marque parce que ça leur rappelle leurs grands parents, et souvent leurs grands mères d’ailleurs, qui les emmenaient au salon de thé. Vous l’avez dit, cette boutique, elle est aujourd’hui classée monument historique et elle fait partie du patrimoine des Lillois.

Mais ce qui est merveilleux, c’est que la Maison est devenue un élément de rayonnement pour la ville de Lille et pour la région aussi. Nous avons aussi un impact sociétal. Ça, c’est aussi une bonne chose. On s’associe aussi avec les grands événements de Lille et de sa région, comme Lille3000. Donc voilà, on essaie aussi d’aider à la culture, qui aide aussi au rayonnement de la Métropole et de la région. On essaie de contribuer à tout ça. Parce qu’on défend notre région et notre territoire. Nous sommes très fiers de notre territoire, pour plein de raisons. Et voilà, si on fait tout ce qu’on fait, c’est aussi pour le territoire. C’est super important de donner une belle image des Hauts-de-France.

Donc voilà, c’est tout ça, Méert.

Méert Lille

Comment est composée toute cette grande équipe de la Maison Méert ?

Je le dis souvent : Méert, c’est une activité de main d’oeuvre. Notre principale ressource, ce sont les hommes et femmes qui nous accompagnent au quotidien. C’est l’humain qui fait toujours la différence. Il y a 20 ou 25 pâtissiers, des chocolatiers et une équipe qui ne s’occupe que des gaufres. Puis après, nous avons notre brigade de cuisiniers, du personnel de vente, en boutique. Et pour finir, un peu de logistique quand même, parce que la boutique en ligne, il faut aussi la gérer. Nous sommes environ une centaine de personnes.

Nous avons aussi beaucoup de jeunes en apprentissage, parce qu’on est aussi là aussi pour transmettre notre savoir-faire. C’est quand même un savoir-faire franco-français. Nous avons formé beaucoup de jeunes qui sont passés chez nous qui aujourd’hui rayonnent en France et à l’international ! Voilà, ça c’est aussi notre grande satisfaction. Méert, c’est quand même un cluster où beaucoup viennent se former, apprendre, comprendre, et puis ensuite, on les voit partir. C’est aussi ce qui contribue à cette Maison, cette notoriété auprès des professionnels de la pâtisserie.

On est vraiment dans la transmission depuis toujours.

Méert Lille

Quel est votre rôle à vous dans cette grande équipe ?

Alors, moi, je dirige. Je dis tout le temps en rigolant que je suis l’homme à tout faire ! J’impulse, je partage et je coordonne. L’idée, c’est que les gens comprennent le message que l’on a envie de diffuser.

Méert, c’est un microcosme, c’est une ville dans la ville. Imaginez, comme on est plus de 100 … C’est rigolo, il y a toujours du monde dans cette boutique, jour et nuit. Et moi, je suis là pouvoir diriger cette petite ville dans la ville. J’en suis fier !

Et vous voyez, au bout de 25 ans je me dis qu’il y a tellement de choses encore à faire, c’est incroyable, c’est sans fin !

Comment êtes-vous arrivé chez Méert ?

Je suis quasiment arrivé à Méert directement. J’avais travaillé 5 ans avant dans un cabinet d’expertise comptable.

Plus jeune, je suis allé vivre un an aux Etats-Unis et puis après, je suis allé vivre un peu en Allemagne. J’aurais voulu faire une carrière à l’international et ce qui m’intéressait, c’était plutôt le commerce. J’ai fini par me poser, poser mes valises à l’Université Catholique de Lille, et je suis resté dans cette ville depuis presque toujours. Parce que j’ai fait mes études, puis j’ai travaillé ensuite à la Fiduciaire du Nord, qui est devenue KPMG, à 200 mètres de chez Méert. Puis ensuite, je suis rentré chez Méert.

En voyageant, je me suis rendu compte d’un truc : le made in France, la French Touch, la french pastry, ça a un succès incroyable à l’étranger. A l’international, la France, c’est quand même un très très beau pays. Les gens adorent la France. Et dans un coin de ma tête, je me suis toujours dit que j’adorerais travailler dans le domaine de la pâtisserie française. Voilà, et puis de fil en aiguilles je suis arrivé chez Méert et ça fait déjà 25 ans maintenant.

Méert Lille

Avez-vous pu continuer votre activité durant le confinement ?

Non, on a tout arrêté. On a décidé de tout arrêter parce qu’il n’y avait tout simplement plus de client. La rue Esquermoise était pour le coup désertique. Donc on a stoppé pendant six semaines. Nous en avons profité pour retravailler tous nos process. On en a profité pour faire le “nettoyage du centenaire” aussi. Il y a des tiroirs que nous n’avions jamais ouvert !

Nous avons surtout repensé le parcours client. Nous étions un peu victimes de notre succès finalement, parce qu’il y avait toujours beaucoup de monde. Voilà, il fallait qu’on retravaille ce parcours client. Aujourd’hui, nous avons des vendeurs dédiés à nos clients quand ils viennent chez nous. Nous accompagnons les clients du début à la fin, avec une gestion dissociée de la vente, de celle de l’emballage et de la préparation des commandes, et puis de celle de l’encaissement. Donc vraiment, on a retravaillé tout ça, y compris au restaurant et au salon de thé. On avait vraiment envie de retravailler l’expérience client de manière à ce que l’on prenne du temps avec nos clients.

Aujourd’hui, on a perdu les touristes. Mais ils sont en train de revenir peu à peu. Tous les jours, on progresse. On sait qu’on va revenir probablement au flux d’avant de Covid19 d’ici, à mon avis, septembre. Donc aujourd’hui, on privilégie plutôt nos clients, nos habitués, aussi. C’est vraiment un plaisir, un bonheur, de revoir des visages connus, qu’on avait pas vu depuis quelques mois !

Méert Lille

En étant le plus vieux commerce Lillois, Méert a vu évoluer la vie commerciale de Lille. Comment a-t-elle évoluée ?

Dans notre domaine, nous avons deux ou trois interrogations. Nous pensons que pour garder cette attractivité, il faut de la diversité. Avoir des grandes marques qu’on peut retrouver partout en France a ses limites. Nous encourageons plutôt les indépendants à venir s’installer sur Lille. Vous avez Le Merveilleux, qui est un très bon exemple. Lui pour le coup, il a développé à travers le monde son produit, et c’est plutôt une bonne chose. Je pense aussi au fromager Philippe Olivier. Il y en a d’autres bien sûr, qui s’installent et ça, c’est tant mieux pour le commerce Lillois.

En revanche, malheureusement, j’en ai connu d’autres qui ne sont pas resté : L‘Huîtrière, Yanka, Dagniaux … Lille, c’est le commerce. Et c’est le commerce de proximité. On vient sur Lille faire ses courses, pour s’assoir sur une terrasse de café, mais aussi pour faire du shopping.

Et c’est vrai que de voir toutes ces boutiques fermées, c’est désespérant pour moi qui suis commerçant et qui suis un défenseur absolu de notre territoire. Bon après, il y en a d’autres qui se développent et c’est une bonne chose. Mais tous ces gens là, il faut aussi les aider, parce qu’aujourd’hui, ça ne suffit pas d’ouvrir sa boutique…

On sait bien sûr que le commerce, c’est difficile. Avec des choses comme le e-commerce, c’est vrai que le commerce est en constante mutation. C’est pour ça d’ailleurs qu’on a ouvert notre e-boutique. C’est un bon challenge pour nous. Nous, on travaille beaucoup en click and collect. Et ça marche bien, les gens sont ravis, pour ceux qui nous connaissent, car ça leur évite trop d’attente.

Méert Lille

Auriez-vous un conseil à donner à un jeune commerçant qui souhaiterait se lancer ?

Je pense que les réseaux sociaux, aujourd’hui, c’est quand même très important. Il faut se faire connaître. Penser que la personne va pousser la porte de son commerce parce qu’il passe dans la rue, c’est une vision ancienne. Aujourd’hui, les gens viennent parce qu’ils vous ont vu !

Alors, se faire référencer, sur des plateformes de commerce de proximité par exemple, de e-commerce c’est aussi une bonne idée. Quand on est un peu tout seul et pas très connu, c’est une solution à vraiment prendre en compte. Il faut mutualiser avec d’autres commerçants, rassembler ses forces et se positionner dans le “peloton”. La vie est une compétition. Le flux, il passe par le net. C’est l’autoroute d’aujourd’hui !

L’impact sociétal n’est pas non plus à sous-estimer. On ne fait plus du commerce “j’achète et je revends”, non. Maintenant c’est : “pourquoi je l’ai acheté, pourquoi je le revends et pourquoi je suis là à faire mon activité”. Il faut toujours donner du sens à ce que l’on fait.

Et chez Méert, on y réfléchit beaucoup, à donner du sens. On parlait du plaisir, mais du plaisir éthique… Nous, on travaille beaucoup locavore : 99% de nos produits sont fabriqués chez nous, ce qui est un record absolu ! Mais bon, la vanille, elle vient de Madagascar … C’est d’ailleurs un vrai sujet de fond chez nous, la provenance de cette vanille. En revanche, la gaufre spéculoos, là oui, elle est 100% de la région !

Mais voilà, on est vraiment dans la transparence. Ce qu’on fait, on le fait avec beaucoup de passion, mais on est beaucoup aussi sur la différentiation, sur l’unique. Ce que vous allez trouver chez nous, vous ne le trouverez nulle part ailleurs, c’est une certitude.

Propos recueillis par Marine Souxdorf