Cristobal, de Mestizo Lille : «Casser le cliché de la cuisine Latino»

En plein coeur des Halles de Wazemmes, Cristobal et Hugo vous proposent de déguster de vrais tacos et empanadas

09/07/2020, 18:29 | édité le 10/08/2020, 20:07


Cristobal et Hugo sont chiliens, et ont créé la première épicerie-restaurant latino-américaine de Lille, Mestizo. En plein coeur des Halles de Wazemmes, ils vous proposent de déguster de vrais tacos et empanadas !

Cristobal nous en dit plus 🎤

Comment vous est venue l’idée de Mestizo ?

Le projet est né d’une nostalgie. J’ai habité à Paris, et là-bas, il y a neuf épiceries latino-américaines. C’est très facile de trouver les produits dont on a besoin. Mais en arrivant ici à Lille, une ville que j’ai adoré et que j’adore, je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas du tout d’épicerie latino-américaine. Moi je connaissais beaucoup de latino-américains, parce qu’on est une grande communauté à Lille, ainsi que des français qui s’intéressaient à l’Amérique Latine, des associations, etc. Et en fait, on avait un peu tous ce besoin de retrouver nos produits à Lille. Tout est parti d’un besoin, de notre part, à Hugo et moi, d’abord. Et on s’est rendu compte que ça manquait énormément à Lille, à beaucoup de monde.

Et c’est vrai que c’est un projet qui a été très facile à créer, car tout le monde l’a adoré dès qu’on l’a présenté. Parce que c’était nouveau ici, à Lille. Et on est très content !

Mestizo Lille

Personnellement, pourquoi avez-vous choisi Lille pour vous installer ?

Je suis arrivé en France il y a dix ans. Personnellement, moi, c’était pour une histoire d’amour, à la base. J’étais amoureux d’une française quand j’étais au Chili. Et j’ai décidé de la suivre, à Lille, puis à Paris. Et quand ça s’est terminé, j’avais trop envie de retourner à Lille ! J’adorais la ville ! Je sentais qu’au niveau de la relation humaine et le contact, c’était beaucoup plus proche de chez nous. Donc je suis retourné à Lille.

Tout le monde me demande : « Mais pourquoi vous êtes ici ? Il n’y a pas de soleil, c’est bizarre, un latino ici à Lille ! » Mais en fait, j’adore, parce que, comme vous dites souvent : le soleil, il est dans le coeur ! Et nous, on adore ça !

Quel est le concept de votre commerce ?

En fait, on a une partie épicerie et une partie restauration. Dans la partie épicerie, on a des produits qu’on pourrait qualifier de première nécessité, pour un latino-américain. On a de la farine de maïs, des sauces, des tortillas, des condiments…

Et aussi, on a associé à ça un service de petite restauration. On a deux produits phares, qui sont les produits les plus connus de d’Amérique Latine. C’est l’empanada, la reine de la nourriture sur le pouce dans la partie sud de l’Amérique Latine, et le taco. Pour ce qui est du taco, en ayant beaucoup d’amis mexicains, on s’est un peu donné cette mission de changer un petit peu l’image du taco. Parce que pour les français, souvent, le taco, c’est une sorte de burrito, avec un cordon bleu (par exemple), avec des frites à l’intérieur, et plein d’autres choses. Et nous, on avait envie aussi de changer ça et de casser un peu le cliché de la cuisine latino-américaine. Ici, il n’y a pas de burrito, il n’y a pas non plus de chili con carne… Ici, on veut faire connaître la véritable cuisine latino-américaine.

Mestizo Lille

Pourquoi ce nom : Mestizo ?

Mestizo, littéralement, ça veut dire « métisse« . Mais nous on l’a choisi parce qu’en Amérique Latine, à l’époque des conquistadores, c’était comme ça qu’on appelait les enfants entre un indigène et un espagnol. Et c’était un terme très péjoratif (à l’époque). Mais au fil du temps, c’est vraiment devenu une force. Parce que partout dans le monde, nous sommes tous métisses, mais en Amérique Latine, encore plus ! Il y a toutes les couleurs, il y a toutes les coutumes, il y a plein de mélanges. C’est une force de l’Amérique Latin, le fait d’être métisse. Et nous aussi, nous nous sentons un peu métisses maintenant, en étant des chiliens lillois. Du coup, on a voulu garder cette identité.

Comment gérez-vous l’importation de vos produits ?

On a plusieurs fournisseurs. Ça dépend des produits. On travaille parfois directement avec des exportateurs en Amérique Latine, mais sinon, pour la plupart, pour l’instant, on travaille avec des importateurs européens. Du coup, on achète des produits qui arrivent par l’Espagne et différents ports de l’Europe, et qui sont distribués partout en Europe. Donc, pour l’instant, nous ne faisons pas d’importation nous-mêmes.

Mestizo Lille

Qui sont vos clients ? Plus des latino-américains ou des lillois ?

Je pense qu’il y a plus de français aujourd’hui. Nous sommes très contents depuis le début. Parce qu’on savait que les latino-américains allaient venir, mais on pensait que ça allait être plus dur de conquérir le client français. Mais en fait ça a été très très facile. Ils sont venus tout de suite nous voir, par curiosité, attirés par les couleurs, parce qu’ils ne connaissaient pas… Et puis, quand ils voient que c’est latino, parfois, ils viennent nous voir juste pour parler espagnol, où nous raconter un voyage.

Et du coup, je pense qu’aujourd’hui, notre clientèle, c’est moitié latinos et moitié français. Et du coup, c’est trop bien, parce que c’est justement ce qu’on a envie de créer : un lieu d’échange. Nous, on passe beaucoup de temps à discuter avec les gens (et même s’il y a une file d’attente).

Y a-t-il une grande communauté de latino-américains à Lille ?

Oui ! Je ne saurais pas dire combien, mais nous sommes quand même beaucoup. Déjà, Lille, c’est une ville d’étudiants. Moi, j’ai fait mes études aussi ici, à Lille 3. Et d’ailleurs, j’étais délégué des étudiants étrangers. Et là, je voyais déjà le nombre des latinos qu’il y avait.

Il y a également eu plusieurs vagues d’immigration, et il y en a encore. Avec le coup d’Etat au Chili en 1973, par exemple. Aujourd’hui, il y a aussi des enfants d’exilés, qui ont encore des racines chiliennes. En ce moment, il y a une grande vague de vénézuéliens. Il y a quelques années, on ne voyait pas beaucoup de vénézuéliens ici, et depuis quelques temps, il y en a de plus en plus. Selon ce qu’il se passe en Amérique Latine, on sent qu’il y a des petites vagues d’immigration. Et après, il y a ceux qui sont tombés amoureux ! Et il y en a énormément ! C’est vrai qu’il y a beaucoup d’histoires différentes, et donc oui, on est nombreux !

Et ça se développe de plus en plus, même niveau commercial : il y a des restaurants brésiliens à Lille, des restaurants mexicains, … En plus, j’ai l’impression que depuis l’Eldorado Lille3000, ça a explosé encore plus !

Comment est composée votre équipe ?

On a lancé ça a deux, avec mon associé Hugo. Et aujourd’hui, on a une troisième personne, Carlos, qui travaille avec nous en permanence. Mais parfois aussi, on a besoin de plus de monde, notamment le dimanche, parce que c’est la plus grosse journée, avec le marché de Wazemmes. Je me souviens, notre premier dimanche, on était à deux avec Hugo, et à 11 heures, on n’avait déjà plus rien ! Tout avait été vendu, on ne savait pas quoi faire. Et du coup, le dimanche, on est passé de deux à une équipe de cinq, et ça, que pour le dimanche !

Mestizo Lille

Pourquoi avoir choisi de vous installer dans les Halles de Wazemmes ?

En fait, c’était un peu par hasard. On voulait être à Wazemmes, parce que c’est notre quartier, et le côté cosmopolite, on adore. Mais on n’avait pas pensé aux Halles, parce qu’on ne connaissait pas.

Et un jour, en cherchant un local pas loin d’ici, on a vu les Halles de Wazemmes, on est entré et il y avait des locaux libres. On a vite compris que c’était une super bonne idée de s’installer ici. Parce que nous, on partait vraiment dans l’inconnu, car on ne savait pas si ça allait marcher ou pas. Et pour tester, les Halles étaient une bonne option. Ici, on a des charges moins importantes que si on était sur un local commercial classique.

Et ici, on profite du flux des gens, sans forcément faire de la communication. Les gens passent. Et nous, on a fait en sorte de faire un beau stand pour attirer l’attention.

Avez-vous continué votre activité pendant le confinement ?

Oui, on a continué, mais on ouvrait que le samedi et le dimanche. Nous, en tant que commerce alimentaire, on pouvait rester ouvert.

Après, il y a eu des péripéties. Au début, la mairie voulait fermer complètement les Halles de Wazemmes. Mais nous avons contesté, parce que si les supermarchés pouvaient rester ouverts, pourquoi pas nous ? Et du coup, les premières semaines ont été compliquées. On ne savait pas quoi faire ! On a d’abord mis en place un système de livraison avec les clients qui nous connaissaient et qui connaissaient nos produits. Et après, quand les Halles ont finalement rouvert, on ouvrait le samedi et le dimanche. Et ça s’est très bien passé. Bien sûr, les chiffres ont quand même baissé, mais on s’en sort bien !

Et nous étions super contents de rouvrir le 11 mai, parce que les gens sont tous venus, et on recevait plein d’amour. C’était trop trop bien ! Tout le monde nous disait qu’ils étaient trop contents de nous voir de retour ! Ça faisait chaud au coeur. Nous avons senti que nous manquions aux gens !

Mestizo Lille

Où vous voyez-vous dans cinq ans ?

Déjà, on on aimerait bien avoir un autre local, en plus de celui-ci, notamment pour pouvoir plus nous éclater au niveau de la cuisine. Du coup, je pense que ce sera plutôt un restaurant. Et nous aimerions ouvrir ce nouveau local en centre-ville. Là, il faut en profiter, on est en haut de la vague, on va dire, et il faut qu’on profite de cet élan ! On a plein d’idées, on a plein d’énergie et je pense que c’est le bon moment pour le faire, ce restaurant.

Et après, j’aimerais aussi pouvoir faire moi-même l’importation, comme on en parlait plus tôt. De cette manière, je pourrais travailler avec des commerces équitables, des producteurs de là-bas, les rencontrer, raconter un peu leur histoire ici…

Propos recueillis par Marine Souxdorf